Bienvenue !

Oui, bienvenue sur « Libéral conservateur », le site de Philippe JAUNET…

…titulaire du certificat d’aptitude à la profession d’avocat, actuellement juriste en droit public, mais aussi et surtout passionné d’histoire, et à ce titre, auteur de plusieurs ouvrages et articles historiques.

Oui, bienvenue sur mon modeste site, destiné à mieux faire connaître mes travaux !

Comme vous l’aurez compris, par ce titre « Libéral conservateur », j’annonce d’emblée la couleur, car c’est bien ce que je suis : un libéral conservateur, mes convictions politiques influençant naturellement mes centres d’intérêt aussi bien que mon approche des questions que je suis amené à étudier.

Mais peut-être vous demandez-vous ce que j’entends exactement par ces mots ?

Dans ce cas, ce qui va suivre est pour vous !

Attention toutefois, le texte (qui, s’il ne vous convainc pas, vous fera au moins réfléchir, ce qui n’est déjà pas si mal) est assez long…

Vous voilà prévenus !

* * *

Pour bon nombre de gens, libéralisme et conservatisme sont deux notions qui s’opposent l’une à l’autre, et qu’on ne peut décemment prétendre réunir en un même ensemble.

Cette approche a notamment été défendue par deux grands auteurs : Friedrich August von HAYEK, qu’on peut considérer comme le plus éminent représentant de la pensée libérale au XXe siècle, et Russell KIRK, qui fut, à la même époque, l’un des principaux penseurs du conservatisme anglo-saxon.

Dès lors, il n’est pas rare que, sur la foi de ces auteurs, on tienne le libéralisme et le conservatisme pour deux conceptions de la politique différentes, pour ne pas dire opposées.

Le problème, c’est qu’ils ont dit le contraire dans leurs écrits !

Le libéral Friedrich August von HAYEK avait ne pas se considérer comme un conservateur [1], une analyse approfondie de son œuvre prouve bien qu’il défendait une conception résolument conservatrice de la société [2].

Et de même, le conservateur Russell KIRK avait beau critiquer le libéralisme [3], il n’en tenait pas moins la promotion de la liberté individuelle comme un des éléments majeurs de la tradition occidentale, qu’il incombe aux conservateurs de défendre [4].

Alors ?

Il faut logiquement reprendre la question depuis le début.

Qu’est-ce qu’un libéral ? C’est et ce ne peut être qu’un homme convaincu des mérites intrinsèques de la liberté, et qui la défend, coûte que coûte.

Et un conservateur ? C’est et ce ne peut être qu’un homme convaincu qu’il existe certaines valeurs qu’il convient de défendre, coûte que coûte – valeurs dont la liberté fait partie.

Il peut donc y avoir opposition entre un libéral et un conservateur, sur certains sujets particuliers (c’est-à-dire ceux qui excèdent la seule question de la liberté, comme par exemple la place de la religion, ou la question de la famille) ; mais il ne peut y avoir d’incompatibilité entre eux, car ils appartiennent tous deux à la tradition occidentale.

* * *

Si les choses paraissent si compliquées, c’est parce que les historiens des idées ne s’intéressent qu’aux idéaux-types.

Pour ce faire, ils isolent des courants de pensée définis en termes très généraux, puis se concentrent sur ce qui les sépare les uns des autres.

Or, en insistant sur les différences, ils négligent, de parti-pris, les points communs qui existent entre ces courants de pensée, au point de passer sous silence les doctrines qui se situent à leur périphérie.

Ce n’est pas seulement valable pour la pensée de droite ! Ainsi, à gauche, les historiens des idées sont plus préoccupés par le marxisme et le socialisme, que par certaines doctrines voisines comme le radicalisme ou la sociale-démocratie, qui par certains aspects (et certains aspects seulement) se rapprochent des théories libérales ou conservatrices, qui sont en revanche à l’opposé du marxisme et du socialisme.

Dans le cas qui nous préoccupe, il existe une pensée libérale conservatrice, qui bien que peu connue, n’en a pas moins une glorieuse histoire.

* * *

J’ai consacré un livre à Jules SIMON, une figure méconnue du XIXe siècle.

Pourquoi ?

Simplement, parce que ses idées sont également les miennes.

En effet, Jules SIMON – qui fut un des grands libéraux français de l’époque – s’est toujours défini comme un conservateur.

« Un conservateur ? Mais qu’est-ce que vous voulez conserver ? », lui demandait-on souvent.

« J’entends conserver trois choses », répondait-il.

Et pour que les choses soient bien claires, il écrivit son œuvre maîtresse : « Dieu, Patrie, Liberté » [5].

« Dieu, Patrie, Liberté » : ce sont en effet là les trois valeurs essentielles du libéral conservateur occidental.

« Dieu » parce que, chrétien, il croit en la parole de Jésus-Christ, et défend la religion contre l’idéologie athéiste qui, non contente d’attaquer la foi, prétend couper l’Occident de ses racines chrétiennes, en procédant à une refonte complète de nos lois ;

« Patrie » parce que, nationaliste, il croit en la patrie, et défend l’État-Nation contre l’idéologie mondialiste qui, non contente de nier l’existence de l’identité nationale, prétend imposer aux nations occidentales une culture qui n’est pas la leur, au nom tant d’un libre-échange échevelé que du « vivre-ensemble » multiculturaliste ;

« Liberté », parce que, libéral, il croit en la dignité humaine, et défend l’idée que l’homme est un être raisonnable, doué du libre-arbitre, et qui a des droits par-là même qu’il est homme, contre l’idéologie relativiste qui prétend voir en l’homme un simple pantin dominé pas ses passions, et partant, un être malléable à volonté, que le « progrès » doit permettre de changer.

* * *

Si vous avez compris cela, et que vous trouvez ce positionnement idéologique cohérent, alors il vous est inutile d’aller plus loin ; mais pour ceux qui ne le comprendraient pas, il n’est peut-être pas inutile d’apporter quelques précisions à cette petite profession de foi.

* * *

S’il y a bien une chose que j’ai apprise, au cours des années passées, c’est qu’en France, la réunion de ces trois mots : « Dieu, Patrie, Liberté », suscite souvent l’étonnement, pour ne pas dire l’incompréhension la plus totale.

D’aucuns prétendent, en effet, qu’il est impossible d’associer en un même corps de doctrines des idées aussi différentes. « Dieu ? Patrie ? Liberté ? Un bon fourre-tout idéologique, composé de trois mots qui n’ont rien à voir, et s’annulent l’un l’autre. »

Je n’hésite pas à dire que ceux qui tiennent ce genre de discours se trompent, et ce parce qu’ils commettent l’erreur de raisonner en termes d’idéaux-types, comme si les idéologies auxquelles ils se référent n’entretenaient aucun rapport entre elles. Quitte à me répéter, la vérité est que les idéologies n’ont pas le caractère d’autonomie qu’on leur prête si volontiers, et ce pour une raison simple : elles n’existent pas. Simples conventions de langage, les idéologies ne sont jamais qu’un assemblage, plus ou moins savant, de doctrines et d’idées, que des auteurs affirment appartenir à un même courant de pensée, au motif que ces doctrines et ces idées partagent une même phraséologie. Quoi qu’on en pense, il suffit bien souvent d’un mot – et d’un mot seul – pour que des auteurs réunissent en un même ensemble des doctrines et des idées qu’un examen attentif devrait conduire à séparer. Mais ces réunions purement artificielles ne peuvent perdurer bien longtemps. C’est ainsi qu’on voit souvent les partisans d’une même idéologie se scinder, puis s’opposer, et enfin se combattre entre eux, tandis qu’ailleurs, des hommes appartenant à des courants de pensée en apparence différents, cessent soudain de se combattre, pour se rapprocher et se réunir en un même mouvement.

C’est cette interprétation réaliste des doctrines et des idées qui m’a conduit à affirmer les convictions chrétiennes, nationalistes et libérales – d’abord parce qu’elles recouvrent ce en quoi je crois, mais aussi et surtout, parce qu’elles permettent de mettre l’accent sur un mouvement qui a une longue histoire, et que les relectures doctrinales tendent à éclipser.

« Parce qu’on peut être, tout à la fois, chrétien, nationaliste et libéral ? », me demande-t-on souvent, ce à quoi je réponds, sans hésiter, par l’affirmative ; et pour mieux le prouver, je cite des noms – des noms dont, bien souvent, mes interlocuteurs n’ont jamais entendu parler…

J’ai évoqué Jules SIMON ; mais je pourrai mentionner d’autres figures, de François GUIZOT à Raymond POINCARÉ, en passant par Charles de RÉMUSAT, Adolphe THIERS, Prosper DUVERGIER DE HAURANNE, Lucien-Anatole PRÉVOST-PARADOL, Jules FAVRE, Léon SAY, Alexandre RIBOT, Paul DESCHANEL… tous, ont tenu un discours analogue ; et remarquez que je me suis contenté jusqu’ici de mentionner des auteurs français !

Il me serait naturellement facile de multiplier les références ; mais au lieu d’invoquer les mânes du passé, je vais me contenter de prouver la profonde cohérence de cette tradition toute à la fois chrétienne, nationaliste et libérale.

* * *

Commençons par le christianisme : est chrétien, quiconque croit en Jésus-Christ.

Cette croyance intéresse, au premier chef, l’individu. La foi est une question purement personnelle, qui ne tolère aucune immixtion externe : l’homme croit, ou ne croit pas. Mais la religion, elle, ne se limite pas à l’individu. Parce qu’elle est aussi une doctrine, elle oblige le croyant à se détourner des doctrines qui la remettraient en cause. Est-ce le cas du nationalisme et du libéralisme ? Non.

Le nationalisme est, et ne peut être, que la croyance en l’existence de la nation. Cela ne veut pas dire que la nation est tout, et qu’il faut tout lui sacrifier ; cela veut simplement dire que la nation existe et que, comme telle, mérite le respect. Pour citer Émile OLLIVIER, qui est en quelque sorte le père de cette notion, le principe essentiel du nationalisme « est que toute association d’hommes nommée peuple est une individualité indépendante, libre, souveraine, jouissant du droit imprescriptible de disposer d’elle-même, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur : à l’intérieur, de s’organiser à son gré, de changer ses institutions pacifiquement, ou à la suite de luttes intestines et de révolutions ; à l’extérieur, de s’allier à qui il veut, aux conditions qu’il juge les meilleures, de contracter même des liens plus étroits d’annexion, de constituer avec d’autres, s’il est petit, de puissantes unités » [6]. En quoi serait-ce contraire à la religion ? Parce que Dieu a voulu que les hommes constituent une seule famille et se traitent mutuellement comme des frères, le christianisme enseigne l’égalité entre les hommes ; il ne nie pas l’évidence, c’est-à-dire ici, l’existence du sentiment d’identité à un groupe que tout homme porte en lui. Pour le chrétien, tout groupe doit tenir compte des besoins et des légitimes aspirations des autres groupes ; c’est bien le cas du nationaliste, qui exige des autres le respect de sa nation, mais ne refuse pas aux autres ce qu’il demande pour lui-même.

Les choses ne sont pas différentes pour le libéralisme qui est, et ne peut être, que la croyance en l’existence de la liberté. Les athées, ennemis de toute religion, prétendent qu’on ne peut pas être libre lorsqu’on croit en Dieu ; pour eux, être libre, c’est se libérer de la religion. Ils se trompent : la première manifestation de la liberté individuelle, c’est la liberté de croire, ou de ne pas croire. Libre à eux de ne pas croire ; mais rien ne les autorise à jeter ainsi l’opprobre sur les croyants. Le fait qu’ils se soumettent d’eux-mêmes à un dogme ne prouve en rien qu’ils aliènent leur liberté car, précisément, la liberté consiste dans cette faculté, propre à l’homme, de choisir, en connaissance de cause, sous quelle loi il veut vivre. (En fait, le seul « libéralisme » condamné par la religion, c’est le « libéralisme théologique », qui n’est pas autre chose que du scepticisme et du relativisme).

On peut donc être chrétien et nationaliste, comme on peut être chrétien et libéral.

Peut-on être nationaliste et libéral ? Certains le nient, affirmant que, pour l’authentique libéral, l’homme doit être libre de choisir son identité, et donc, sa nationalité, l’idée étant de reconnaître à l’homme le droit d’opter pour plusieurs identités, déconnectées de l’appartenance à une communauté nationale spécifique. Il est pourtant facile de voir que cette affirmation repose toute entière sur l’association entre deux notions qui, bien qu’elles puissent se superposer, ne se confondent pas : la nation et l’identité personnelle.

L’homme, on le sait, n’est pas un être impersonnel : doué de volonté, il lui est donné de forger sa propre personnalité à travers différents éléments, dont l’importance varie en fonction des circonstances. Ainsi qu’il a été souvent observé, l’homme revendiquera plus volontiers son appartenance à un groupe, lorsque l’existence de ce groupe est menacée. L’identité personnelle est donc une notion difficile à cerner, au sein de laquelle la nation ne joue pas forcément le premier rôle. Seulement, s’il est vrai qu’il n’y a rien d’immuable dans notre identité (un homme pouvant tout à fait privilégier, à un certain moment de sa vie, et pour des considérations contingentes, d’autres aspects de son identité) on ne saurait nier la prééminence de la nation. « Quelles que soient les tristesses du dedans, il faut défendre, il faut sauver la patrie ; c’est le premier et le plus saint des devoirs, disait Jules SIMON. Il n’y a pas d’intérêt plus cher, parce qu’à celui qui a perdu la patrie, il ne reste rien ; le droit des citoyens, tous leurs droits périssent avec la patrie. Les dissensions civiles, toujours lamentables, sont deux fois criminelles en présence de l’ennemi. Internationalisme ! Cosmopolitisme ! Mots barbares, doctrine de néant ! Le cœur n’aime plus, à force d’aimer trop haut, et trop loin. La vraie doctrine, celle qui remplit et agrandit le cœur sans dépasser ses forces, est celle qui nous attache aux champs paternels, à la race des aïeux, à leur langue, à leurs traditions, à leurs lois, à leur foi. Ce n’est pas seulement une doctrine ; c’est tout ensemble une doctrine et un fait. Ce n’est pas la patrie abstraite, l’idée de la patrie : c’est la France » [7].

* * *

Les idées que je défends peuvent sans doute surprendre certains lecteurs, habitués à d’autres définitions du libéralisme. J’en reviens donc à ce que j’ai dit plus haut, à savoir, que les idéologies sont de simples conventions de langage.

Sous ce terme de « libéralisme » on retrouve, pêle-mêle, diverses théories, qui n’ont d’autre point commun que leur invocation, quasi-rituelle, pour la liberté.

Pour moi, et pour quiconque fait l’effort de distinguer le libéralisme de sa variante utilitariste, le libéralisme est une philosophie d’inspiration jusnaturaliste, autrement dit, une philosophie qui postule que l’homme a des droits naturels, c’est-à-dire des droits qu’il détient du seul fait qu’il est homme. Comme l’a dit Édouard LABOULAYE : « C’est Dieu lui-même qui, en créant l’homme libre, intelligent, responsable, en lui associant une compagne, en lui soumettant la terre, lui a donné ses droits que tout législateur est tenu de respecter, parce que l’État, fait pour l’homme, doit le prendre avec les conditions de sa nature, et ne peut avoir ni la prétention de le refaire, ni le droit de le gêner dans le libre développement de ses facultés » [8]. En conséquence de quoi, et pour citer Paul JANET : « J’appelle politique libérale, celle qui reconnaît à l’individu des droits naturels, indépendants en soi du pouvoir de l’État, et que celui-ci protège et garantit, mais qu’il ne fonde pas, et qu’il peut encore moins mutiler et supprimer » [9].

Bien sûr, la même philosophie nous enseigne que la liberté est limitée par des règles morales, dont la première, et de loin la plus importante, est qu’il ne faut pas nuire à autrui. Le libéralisme véritable n’a donc rien à voir avec cet individualisme égoïste, sourd aux besoins de la collectivité, que certains se complaisent à dépeindre, pour mieux le critiquer.

* * *

Ce qui pose problème aux chrétiens et aux nationalistes qui récusent le libéralisme, ce n’est pas le libéralisme ; c’est le libertarisme.

Certes ! Je sais bien que, depuis des années, des intellectuels soutiennent que les deux mots sont synonymes, au motif qu’en langue anglaise, un libéral est qualifié de libertarian et non de liberal, ce dernier terme étant, quant à lui, réservé aux progressistes de gauche.

L’argument, s’il semble avoir la logique pour lui, ne résiste pas à un examen attentif des faits. Car même les anglophones distinguent plusieurs courants au sein du libertarianism, à savoir, les « anarcho-capitalistes », partisans d’une société entièrement désétatisée, et les « minarchistes », partisans d’un État-minimal. Dans cette optique, les libéraux « classiques » seraient tout bonnement des libertariens « minarchistes ». Mais c’est précisément là que réside l’erreur. Sans doute, les libertariens « minarchistes » sont-ils ceux qui se rapprochent le plus du libéralisme classique, dans la mesure où ils ne veulent pas supprimer l’État, mais simplement le limiter ; malheureusement, leur conception de l’État est tout bonnement erronée. Pour un libéral jusnaturaliste, le rôle de l’État ne se réduit pas à assurer la défense des droits naturels de l’individu, c’est-à-dire pour faire simple, d’assurer la police : il est d’incarner la Nation, c’est-à-dire de défendre, dans le respect du droit, les intérêts de la population qu’il a en charge de défendre.

Si on ne comprend pas cela, on ne comprend pas pourquoi les libéraux, tout en voulant un État limité, efficace et économe, ont pu soutenir le développement des écoles publiques, ou la création de corps de fonctionnaires spécialement chargés d’édifier, d’entretenir et de superviser, les infrastructures d’intérêt public que le secteur privé était dans l’incapacité de produire. Bref : l’État libéral, c’est un État supplétif, qui intervient dans l’intérêt général, à chaque fois que l’intérêt individuel est dans l’incapacité de fournir un service nécessaire à la cohésion de la nation ; ce n’est pas l’État-minimal des libertariens « minarchistes » qui défendent, au fond, la même ligne de conduite que les anarcho-capitalistes.

* * *

Historiquement, les libertariens sont apparus en réaction contre le collectivisme communiste et les dérives budgétaires liées aux politiques keynésiennes. De fait, ils ont contribué à mettre en œuvre une politique fondée sur le triptyque : privatisation, déréglementation, baisse d’impôts. Si cette politique se justifiait, en tant qu’elle tendait à redéfinir le périmètre d’intervention de l’État, en le recentrant sur ses missions essentielles, elle a maintenant dépassé la mesure. Il faut donc le redire, pour ne jamais l’oublier : les libertariens qui ne cessent d’attaquer l’État, dans l’espoir qu’il cesse d’intervenir, n’ont rien de libéraux. Car si la liberté est invoquée pour affaiblir les fonctions régaliennes que l’État a pour mission d’assurer, dans l’intérêt supérieur de la nation, alors on fausse le sens de la liberté, qui n’est plus un idéal censé inspirer l’action du politique, mais une arme qui, tôt ou tard, sapera les fondements de l’unique civilisation qui a permis l’éclosion de la liberté.

N’oublions pas, en effet, que dans la philosophie libérale, l’importance accordée à l’individu n’a jamais conduit à faire l’impasse sur le rôle de la morale religieuse, ni sur l’appartenance à une communauté nationale. « Patrie ! Liberté ! Il n’y a que cela de grand après Dieu », n’a jamais cessé de répéter Jules SIMON [10]. Et pour finir avec un autre grand théoricien libéral, que je me refuse à voir sombrer dans l’oubli, BARTHÉLEMY-SAINT-HILAIRE : « Religion, liberté, grandeur du peuple français, ce sont là des termes corrélatifs et inséparables. Je plains qui ne le voit pas, et pour moi, je me sentirais coupable de ne pas exprimer énergiquement ma conviction, quand elle est si arrêtée et si ferme » [11].

C’est ce que je pense, et défendrai sur ces pages.

 

Philippe JAUNET

 

NOTES

[1] Why I Am not a Conservative, in The Constitution of Liberty, Londres, Routledge & Kegan Paul, 1960, pp. 400-406.

2] Law, Legislation and Liberty, Londres, Routledge & Kegan Paul, 1973-1979, 3 vol.

[3] The Conservative Mind, Chicago, Regnery Books, 1987, p. 1.

[4] Ibid., pp. 8-9. En réalité, Russell KIRK va même plus loin puisqu’il estime que le conservatisme intègre également l’idée de loi naturelle, qui est un des concepts clés de la philosophie libérale classique ; l’opposition qu’il fait entre libéralisme et conservatisme tient, dès lors, à l’égalité (puisque pour cet auteur, la société doit être composée de classes, ou plutôt d’ordres, l’égalité entre les hommes étant un faux idéal, menant au socialisme).

[5] Dieu, Patrie, Liberté, Paris, Calmann-Lévy, 1883.

[6] L’Empire libéral, Paris, Garnier Frères, 1895, vol. 1, p. 164.

[7] Mignet, Michelet, Henri Martin, Paris, Calmann Lévy, 1890, pp. 360-361.

[8] Considérations sur la Constitution, Paris, Durand, 1848, pp. 45-46.

[9] Histoire de la science politique, Paris, Ladrange, 1872,  vol. 1, préface.

[10] Mignet, Michelet, Henri Martin, op. cit., 1890, p. 359.

[11] Manuscrit inédit.

Publicités