La vérité sur Louis-Philippe

« Étrange contradiction des jugements humains ! Le roi était doux et bienveillant, et il a été l’objet de haines féroces ; clément, et il n’a obtenu la merci d’aucun de ses amnistiés ; libéral, et il est tombé du trône avec la réputation d’un partisan avide et intolérant du pouvoir (…) ; enfin, courageux jusqu’à l’imprudence, et on lui a reproché d’avoir, par timidité de cœur et d’esprit, laissé dans le fourreau, un jour d’émeute, l’épée qui pouvait sauver la France (…). Ainsi, sur aucun point, le roi Louis-Philippe n’a obtenu, de son vivant, la justice qui lui était due, et qu’il attend encore dans son tombeau. »

Alfred-Auguste CUVILLIER-FLEURY

phj_vernet_Louis-Philippe

(Horace Vernet, Louis-Philippe et ses fils. Crédits : RMN-Château de Versailles)

Dernier roi à avoir régné sur la France, Louis-Philippe Ier (1773-1850) connut un parcours singulier : monté sur le trône à l’occasion d’une insurrection – les « Trois Glorieuses » de juillet 1830 – il fut chassé du pouvoir au terme d’une autre insurrection, en 1848. Son règne, connu sous le nom de « Monarchie de Juillet », ne dura que dix-huit ans ; et cette brièveté a laissé chez beaucoup un sentiment d’échec, qui explique, pour beaucoup, le désintérêt général entourant la personne et l’œuvre de Louis-Philippe, qui n’est guère étudié des historiens [1].

Comme souvent, cette situation laisse place à tous les fantasmes. Par exemple, actuellement, nombreux sont ceux qui croient pouvoir établir une relation entre Louis-Philippe et… l’actuel président de la République, Emmanuel Macron – comme si l’on pouvait sérieusement établir un quelconque parallèle entre deux personnages aussi différents, et aux idées aussi opposées [2].

Il est donc bien temps de rétablir la vérité d’autant que circulent, au sujet de Louis-Philippe, des thèses complètement contradictoires.

Louis-Philippe, un souverain ultralibéral ?

C’est l’image la plus fréquemment retenue, Louis-Philippe passant, dans l’imaginaire collectif, comme un fervent libéral au sens économique du terme, comme s’il n’eut de cesse, une fois au pouvoir, de convertir les Français aux vertus du capitalisme financier, du libre-échange et, pourquoi pas ?, de la mondialisation [3].

Cette thèse, pour populaire qu’elle soit, ne tient pas car, s’il est vrai que de nombreuses lois furent adoptées sous le règne de Louis-Philippe, c’était moins par idéologie, en application d’un quelconque programme économique prédéfini, que pour accompagner le développement de l’économie française, qui connut à l’époque un réel essor [4]. D’ailleurs, comme on l’a déjà vu avec notre étude de Thiers,le gros des libéraux était, non libre-échangiste, mais partisan du protectionnisme éducateur. Alors, pourquoi voir en Louis-Philippe un « évangéliste du marché », pour paraphraser Keith Dixon ? Tout simplement, parce qu’en ce pays où un mot suffit à faire de vous un homme célèbre, les historiens attribuent au ministre de Louis-Philippe François Guizot, cette phrase : « Enrichissez-vous ! », comme si le gouvernement auquel il appartenait avait alors exhorté les Français à ne plus penser qu’à l’argent… et ce, alors que Guizot n’a jamais prononcé la phrase qui lui est imputée, comme cela a été démontré ici-même.

Naturellement, les plus cultivés savent que si Louis-Philippe mérite d’être qualifié de libéral, c’est par référence, non au libéralisme économique, mais au libéralisme politique. Il est bien établi, en effet, que Louis-Philippe n’a pas régné en application du principe héréditaire, mais du principe électif : issu de la famille d’Orléans, il n’appartenait pas à la dynastie légitime des Bourbons. S’il monta sur le trône, c’est parce que les vainqueurs de la révolution de 1830 lui confièrent la Couronne, dans le seul but de sauver la monarchie. Il faut dire qu’en répondant à l’appel du peuple, Louis-Philippe avait su prendre ses engagements : « Je suis accouru, disait-il, fermement résolu à me dévouer à tout ce que les circonstances exigeraient de moi dans la situation où elles m’ont placé, pour établir l’empire des lois, sauver la liberté menacée, et rendre impossible le retour de si grands maux, en assurant à jamais le pouvoir de cette charte dont le nom, invoqué pendant le combat, l’était encore après la victoire. Dans l’accomplissement de cette noble tâche, c’est aux Chambres qu’il appartient de me guider. Tous les droits doivent être solidement garantis ; toutes les institutions nécessaires à leur plein et libre exercice doivent recevoir les développements dont elles ont besoin. Attaché de cœur et de conviction aux principes d’un gouvernement libre, j’en accepte d’avance toutes les conséquences (…). Oui, messieurs : elle sera heureuse et libre, cette France qui m’est si chère. Elle montrera à l’Europe qu’uniquement occupée de sa prospérité intérieure, elle chérit la paix aussi bien que les libertés, et ne veut que le bonheur et le repos de ses voisins. Le respect de tous les droits, le soin de tous les intérêts, la bonne foi dans le gouvernement, sont les meilleurs moyens de désarmer les partis et de ramener dans les esprits cette confiance dans les institutions, cette stabilité, seuls gages assurés du bonheur des peuples et de la force des États » [5]. On aura compris la logique : il fallait transformer la monarchie, en l’adaptant à l’esprit nouveau, qui avait conquis les esprits, en 1789… sans pour autant en revenir à l’anarchie, qui avait prédominé sous la Révolution. C’est en ce sens que Louis-Philippe déclara que la France avait besoin d’un « juste milieu entre l’abus de la liberté et l’abus de l’autorité » [6].

Et c’est là que les choses se compliquent !

Les historiens des idées politiques savent gré à Louis-Philippe d’avoir modifié la règle du jeu politique, en faisant évoluer la monarchie française en une monarchie constitutionnelle ; car eux savent bien que cette transformation institutionnelle a joué un rôle non négligeable dans la formation de l’État libéral, par les habitudes nouvelles qui se sont diffusées dans le pays, durant ces dix-huit années de règne [7].

Mais, depuis que, dans un ouvrage célèbre [8], Pierre Rosanvallon a mis en doute le libéralisme du principal ministre de Louis-Philippe, François Guizot – sur lequel nous reviendrons également – les historiens des idées préfèrent ne retenir de Louis-Philippe que ce qui pourrait faire de lui un conservateur. C’est ainsi que certains auteurs ont pu soutenir que le règne de Louis-Philippe avait profondément corrompu le libéralisme français. En effet : en insistant sur « l’abus de la liberté », le roi aurait installé un climat de défiance à l’égard de l’initiative individuelle… tout en faisant la part trop belle à l’autorité, alors que, pour être vraiment libéral, le libéralisme français aurait du adopter une posture opposée, en craignant moins les excès de l’individu que ceux de l’État [9].

Cette approche s’est imposée ces dernières années grâce à quelques références empruntées, ici et là, à des auteurs dont l’individualisme ne saurait être mis hors de doute, à commencer par le premier disciple de Benjamin Constant : Odilon Barrot, ou le non moins célèbre auteur de La Démocratie en Amérique : Alexis de Tocqueville. Malheureusement, ces témoignages demeurent sujets à caution, dans la mesure où ils émanent de libéraux qui avaient un intérêt direct à dénigrer le régime de Louis-Philippe [10]. En outre, on peut très facilement leur opposer le témoignage d’autres libéraux, qui furent, eux, les soutiens fidèles de Louis-Philippe, à commencer par Thiers, déjà évoqué, mais aussi Charles de Rémusat, Paul Duvergier de Hauranne, Camille de Montalivet, Victor de Broglie… Car enfin : pourquoi auraient-ils confié le pouvoir à ce roi, s’il n’avait pas partagé leurs idées ? Et pourquoi auraient-ils tenus pour lui, jusqu’à la fin ?

Louis-Philippe était donc libéral sur le plan politique, et admettait l’idée, rejetée par les monarchistes traditionnels, que le peuple avait un droit de regard sur la manière dont l’État doit être dirigé. Jules Simon, qui fut un fin observateur de cette époque, l’avait bien compris ; on lui doit d’ailleurs le meilleur portrait du roi qui soit. Quoi qu’il ait appartenu au même parti que Barrot et Tocqueville, il reconnaissait en Louis-Philippe un libéral dont les convictions, sincères, ne surprennent que ceux qui ne comprennent pas qu’elles devaient tenir compte des évènements, ainsi que de souvenirs sanglants. « Il restait fidèle aux doctrines de 1789, qui avaient charmé sa jeunesse ; mais son libéralisme était côtoyé par le souvenir de 1793. Il était l’homme du monde à qui il devait être le plus difficile d’oublier cette date fatale » [11]. Et en effet : la crainte, constante, d’une révolution menant à une nouvelle Terreur et, par là-même, à une guerre civile, plus meurtrière encore, explique les brusques revirements de Louis-Philippe, et ses apparentes incohérences. N’oublions pas qu’il eut à affronter de nombreuses tentatives d’insurrection, dans un climat politique très tendu… bien plus, en tout cas, que celui que nous vivons actuellement, les Français (d’origine) acceptant désormais l’inacceptable, sans jamais faire montre du moindre esprit de révolte. Qu’on se garde bien de juger les années 1830, où les révoltes étaient omniprésentes, à l’aune de la société moderne !

Un homme bon et modéré

Tout le monde connaît Les Misérables, l’émouvant roman de Victor Hugo, ne serait-ce qu’en raison des multiples adaptations cinématographiques dont il a fait l’objet. L’intrigue se situe sous la Monarchie de Juillet : ainsi donc, l’insurrection populaire à laquelle prend part l’amoureux de Cosette, Marius, qui sera sauvé in extremis par un nouveau sacrifice de Jean Valjean, est-elle dirigée contre Louis-Philippe. Tout est fait, dans l’histoire, pour que le lecteur – ou le spectateur – prenne fait et cause pour les insurgés. Or, l’insurrection de juin 1832, à laquelle Victor Hugo faisait allusion, a été sévèrement jugée par les libéraux de l’époque, dans la mesure où elle eut lieu peu de temps après le décès du ministre libéral Casimir Perier, emporté par l’épidémie de choléra (les rebelles ayant pensé que le gouvernement, privé de chef, serait plus facile à renverser). Cette tentative de révolution, rapidement avortée, n’avait pas grand chose à voir avec les trois « glorieuses », de juillet 1830… et Victor Hugo s’en rendait bien compte. Contraint de charger le trait pour l’intensité dramatique du roman, l’auteur – alors fermement républicain – se fendit d’un chapitre assez inhabituel, parce que tout entier consacré à nuancer le tableau qu’il dressait de Louis-Philippe : « L’heure où l’histoire parle avec son accent vénérable et libre n’a pas encore sonné pour lui (…). Louis-Philippe a été l’élu de ces deux à-peu-près qu’on appelle les 221 et 1830, c’est-à-dire d’un demi-parlement et d’une demi-révolution ; et dans tous les cas, au point de vue supérieur où doit se placer la philosophie, nous ne pourrions le juger ici (…) qu’avec certaines réserves, au nom du principe démocratique absolu (…). Mais ce que nous pouvons dire dès à présent, ces réserves faites, c’est que (…) Louis-Philippe (…) demeurera, pour nous servir du vieux langage de l’ancienne histoire, un des meilleurs princes qui aient passé sur un trône. Qu’a-t-il contre lui ? Ce trône. Ôtez de Louis-Philippe le roi, il reste l’homme. Et l’homme est bon. Il est bon parfois jusqu’à être admirable (…). »

Cette bonté, que seuls des adversaires de mauvaise foi ont pu nier, éclaire d’un jour nouveau la manière dont Louis-Philippe concevait son rôle : comme celui d’un rassembleur, réunissant les Français autour de leur histoire passée, pour qu’ils cessent leurs luttes fratricides. On a déjà eu l’occasion de parler du retour des cendres de Napoléon ; on pourrait évoquer l’amnistie des anciens révolutionnaires et bonapartistes, contraints de se terrer dans leurs terres sous la Restauration, et que Louis-Philippe rappela à la Cour, ne voulant plus tenir compte que de l’intérêt supérieur de la France, qui exigeait des hommes de talent ; nous ne parlerons ici que de Versailles.

C’est d’ailleurs dans cet esprit qu’il fit de la demeure du Roi-Soleil un musée, ouvert au public, dont l’une des salles – la galerie des batailles – était consacrée, selon ses propres termes, « aux souvenirs de ce que nos devanciers ont fait de glorieux et d’utile à notre commune patrie » [12]. Une série de tableaux, peints sur ordre du roi, y représentent les principaux évènements qui ont marqué l’histoire de notre pays depuis l’époque franque jusqu’à la Monarchie de Juillet, en passant par l’Ancien Régime, la Révolution et l’Empire, et parmi lesquels on peut citer : La bataille de Tolbiac (496), la bataille de Tours (732), Paris assiégé par les Normands (885), la prédication de la Croisade à Vézelay (1146), la bataille de Bouvines (1214), l’entrée de Jeanne d’Arc à Orléans (1429), l’entrée de Charles VII à Naples (1495), Bayard blessé au siège de Brescia (1512), l’entrée d’Henri IV à Paris (1594), Richelieu à la direction des affaires (1624), la bataille de Rocroi (1643), l’avènement de Louis XIV (1643), le passage du Rhin (1672), Valenciennes prise d’assaut par Louis XIV (1677), Fontenoy (1765), Louis XVI (1788), l’ouverture des États-Généraux (1789), la bataille de Valmy (1792), Bonaparte au pont d’Arcole (1796), le Dix-Huit Brumaire (1799), le couronnement de l’Empereur Napoléon (1804), Louis XVIII octroyant la Charte à Saint-Ouen (1815), la Bataille de Waterloo (1815), Charles X sur le trône (1824), le duc d’Orléans quittant le Palais-Royal pour se rendre à l’Hôtel de Ville (1830), la Prise de Constantine (1837), etc. D’une simple énumération des titres se dégage l’idée que « La France fut faite à coups d’épée », comme aimait à le dire le général de Gaulle !

On pourrait, si on ne craignait pas d’allonger démesurément ces notes, étudier plus avant l’action de Louis-Philippe : bornons-nous à constater que lorsque, contraint de quitter le pays, il fut en exil, Louis-Philippe garda le silence, pour ne pas exaspérer les passions qui risquaient d’opposer à nouveau les Français entre eux [13].

Cet idéal d’une France enfin réunifiée, d’où les divisions partisanes auraient disparu, avait sa noblesse. « Que ce soit l’honneur de sa mémoire » [14].

 

NOTES :

[1] À la différence des autres souverains qui ont régné sur la France, les historiens ne se sont guère penchés sur Louis-Philippe, qui n’a longtemps été étudié que par des passionnés, comme Denys Cochin, auteur d’un très beau Louis-Philippe, paru chez Hachette en 1918.

Si cet ouvrage a vieilli, le fait est qu’on trouvera peu d’éléments nouveaux dans les études plus récentes consacrées à Louis-Philippe (Georges Bordonove, Louis-Philippe (1830-1848), roi des Français, Paris, Pygmalion, coll. « Les Rois qui ont fait la France », 1990 ; Guy Antonetti, Louis-Philippe, Paris, Fayard, 1994 ; Arnaud Teyssier, Louis-Philippe. Le dernier roi des Français, Paris, Perrin, 2010). Quant à la Monarchie de Juillet, elle est négligée de l’historiographie officielle, les éditeurs se contentant de rééditer des ouvrages anciens, preuve de plus du peu d’intérêt affiché par les historiens pour cette période, pourtant charnière (Jacques Crétineau-Joly, Histoire de Louis-Philippe d’Orléans et de l’orléanisme, Paris, Lagny Frères, 1862-1863, 3 vol., réédit., Chiré, DPF, 2005 ; Sébastien Charléty, Histoire de la Monarchie de Juillet (1830-1848), in Ernest Lavisse (dir.), Histoire de la France contemporaine, Paris, Hachette, 1921, rééd., Paris, Perrin, 2018).

[2] Le journaliste et polémiste Éric Zemmour aime à dire que, depuis l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, le pays serait revenu au temps de Louis-Philippe (« Non, nous ne sommes pas en 1958, mais en 1830 ! », FigaroVox, 9 juin 2017). Une telle erreur ne serait pas gênante si elle n’était pas reprise par des historiens. « La monarchie de Juillet. Aux origines du macronisme ? » n’hésite pas à demander Arnaud Teyssier dans sa préface à l’ouvrage de Sébastien Charléty, cité supra.

[3] Les exemples sont légion.

Je n’en prendrai qu’un : celui du constitutionnaliste Maurice Duverger qui, dans un article consacré au marché commun, dénonçait un projet ramenant la France en 1830. « Ainsi serait réalisé le rêve des bourgeoisies de Louis-Philippe : un système ultra-libéral où l’autorité publique est confinée dans des fonctions de police et d’établissement de services collectifs bon marché pour les entreprises et chers pour les usagers individuels. » (« Les européistes contre l’Europe », Le Monde, 20 juin 1979, p. 2).

[4] Émile Levasseur, Histoire des classes ouvrières et de l’industrie en France (1789-1870), Paris, Arthur Rousseau, 1904, t. 2, pp. 3-336.

[5] Discours du 3 août 1830, repr. in Discours, allocutions et réponses de Sa Majesté Louis-Philippe, roi des Français, Paris, Agasse, 1833, pp. 4-6.

[6] Discours du 30 août 1830, repr. in Discours, op. cit., p. 120.

[7] Georges Burdeau, L’État libéral et les techniques politiques de la démocratie gouvernée, Paris, Librairie générale de droit et de jurisprudence, 1953.

[8] Pierre Rosanvallon, Le moment Guizot, Paris, Galimard, 1985.

[9] Lucien Jaume, L’Individu effacé, ou le paradoxe du libéralisme français, Paris, Fayard, 1998.

[10] Odilon Barrot fut l’un des principaux libéraux de l’époque à avoir jeté le discrédit sur Louis-Philippe. Ayant plusieurs fois dénoncé sa dérive « autoritariste », il a soutenu que le roi, en s’abstenant d’accorder le droit de vote à la classe moyenne, aurait définitivement rompu avec le libéralisme de ses débuts, justifiant, par sa conduite, la révolte qui mena sa chute. « Il y avait en lui un composé des qualités et des défauts les plus contraires (…) ; mais, au milieu de ces éléments (…) dominaient surtout une confiance imperturbable en lui-même et un assez grand mépris des autres hommes » (Mémoires posthumes, Paris, Charpentier, 1875, t. 1, p. 219). Malheureusement, le raisonnement ne tient pas : si, l’âge venu, Louis-Philippe s’était vraiment mué en tyran, ainsi que ses ennemis l’ont prétendu, pourquoi aurait-il cédé aux revendications de l’opposition, dès la première journée d’insurrection populaire ? Et pourquoi, au lieu d’ordonner à l’armée d’écraser dans le sang la révolte, a-t-il préféré s’incliner devant les rebelles ? Tocqueville a mis en cause « l’espèce d’imbécillité sénile de Louis-Philippe, faiblesse que nul n’aurait pu prévoir, et qui reste encore presque incroyable après que l’événement l’a montrée » (Souvenirs, Paris, Calmann Levy, 1893, p. 91). Là encore, le raisonnement ne tient pas, des personnes plus jeunes n’ayant pas été plus clairvoyantes que Louis-Philippe… à commencer par Tocqueville, qui appartenait au groupe de libéraux qui, par son attaque constante du cabinet Guizot, favorisa, auprès de l’opinion publique, la tâche de leurs ennemis politiques, qui cherchaient, eux, non pas à changer la constitution, mais bien à changer de régime, en renversant la monarchie. Sur toutes ces questions, je renvoie à mon livre : Jules Simon, le Libéral oublié (1814-1896), Éditions Libréchange, coll. « Intemporel », 2017, spéc. pp. 71-85.

[11] Jules Simon, Premières années, Paris, Flammarion, 1901, p. 342.

[12] Journal général de l’instruction publique, 15 août 1838.

Les tableaux commandés par Louis-Philippe sont reproduits dans la série : Musée de Versailles, avec un texte historique de Théodose Burette, Paris, Furne, 1844-1847, 3 vol.

[13] Pour s’en convaincre, il faut lire les rares entretiens que Louis-Philippe accorda, en exil, à des journalistes, cf. not. Édouard Lemoine, Une visite au roi Louis-Philippe, Neuilly, Éclancher, 1849 ; L’abdication de Louis-Philippe, racontée par lui-même et recueillie par M. Édouard Lemoine, Paris, Michel-Lévy, 1851.

[14] Alfred-Auguste Cuvillier-Fleury, « Le roi Louis-Philippe », Journal des Débats, 8 septembre 1850, repr. in Portraits politiques et révolutionnaires, Paris, Michel Lévy, 1851, vol. 1, pp. 1-30.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s