Monsieur Thiers (III)

Le rôle de Thiers semblait ne plus devoir être cantonné qu’aux questions économiques, sans espoir de retour sur le devant de la scène politique, d’autant qu’il avait commis une grave erreur, en 1848. En effet : on sait que, comme beaucoup à droite, Thiers se trompa sur la personne de Louis-Napoléon Bonaparte, qu’il soutint activement à la présidence de la République, sans s’apercevoir qu’il n’aspirait qu’à confisquer le pouvoir à son profit exclusif (à la différence des républicains libéraux, comme Jules Simon ou Jules Favre, qui, dès le début, avaient percé à jour leur adversaire [1]). Seulement, et ce fait mérite d’être souligné, Thiers fut le premier à reconnaître son erreur : car lorsque Louis-Napoléon Bonaparte exigea de l’Assemblée qu’elle modifie la constitution pour lui permettre de rester au pouvoir, il détacha l’aile libérale de la droite du reste du parti conservateur, pour s’opposer à la dérive autoritaire du prince-président.

Cette attitude courageuse (quoique tardive) lui valut l’emprisonnement, au moment du coup d’État du 2 décembre 1851 ; mais elle explique aussi pourquoi les libéraux républicains furent heureux d’accueillir Thiers en leur sein, en 1863.

Lorsque Louis-Napoléon eut renversé la République et se soit fait couronner empereur sous le nom de Napoléon III, les libéraux républicains organisèrent la résistance légale contre l’administration bonapartiste.

Thiers les rejoignit, quoi qu’avec réserve tout d’abord.

C’est que lui et ses amis étaient monarchistes ; et les républicains libéraux… républicains. La forme du gouvernement les divisait encore.

Jules Simon, pour qui la défense de la liberté individuelle primait les querelles partisanes, siégeait entre Thiers et Jules Favre. Il cherchait à les rapprocher. Un jour, il invita Thiers à une réunion organisée chez Jules Favre. Thiers refusa tout net : « Ce serait passer en apparence dans votre parti, et fausser les situations. » [2]. Les réunions de l’opposition libérale eurent donc lieu chez une personnalité neutre, qui satisfaisait aussi bien les libéraux républicains que les libéraux monarchistes : Marie. « Thiers, qui était venu assez longtemps à nos réunions, se lassa. Il trouva, avec raison, qu’on tenait plus à montrer les différences que les ressemblances. Mais on pouvait compter sur lui dans toutes les grandes occasions », rappelait Jules Simon [3], en pensant notamment au grand discours de Thiers sur les libertés nécessaires.

 

La démocratie libérale, selon Thiers

Aux députés bonapartistes, qui vantaient les charmes de l’Empire, Thiers rappela cette évidence, mais que les Français tendaient à oublier, à savoir, que l’homme ne peut décemment vivre sans quelques droits, à juste titre qualifiés de fondamentaux.

Imaginez-le, faire la leçon à plusieurs centaines de parlementaires, hostiles aux idées libérales !

« Pour moi, messieurs, il y a cinq conditions qui constituent ce que j’appelle « le nécessaire » en fait de liberté.

La première est celle qui est destinée à assurer la sécurité du citoyen. Il faut que le citoyen repose tranquillement dans sa demeure, et parcoure toutes les parties du territoire sans être exposé à aucun acte arbitraire. Pourquoi les hommes se mettent-ils en société ? Pour assurer leur sécurité. Mais, quand ils se sont mis à l’abri de la violence individuelle, s’ils restaient exposés à la violence du pouvoir destiné à les protéger, ils auraient manqué leur but. Il faut que le citoyen soit garanti contre la violence individuelle, et contre tout acte arbitraire du pouvoir. Ainsi, quant à cette liberté qu’on appelle la liberté individuelle, je n’insisterai pas, et c’est bien celle-là qui mérite le titre d’incontestable et d’indispensable.

Mais, quand le citoyen a obtenu cette sécurité, il n’a presque rien fait encore. S’il s’endormait dans une tranquille indolence, cette sécurité, il ne la conserverait pas longtemps. Il faut en effet que le citoyen veille sur la chose publique. Pour cela, il faut qu’il y pense, et il ne faut pas qu’il y pense seul, car il n’arriverait ainsi qu’à une opinion individuelle ; il faut que ses concitoyens y pensent comme lui ; il faut que, tous ensemble, échangent leurs idées, et arrivent ainsi à produire cette pensée commune qu’on appelle l’opinion publique.

Or cela n’est possible que par la presse. Il faut donc qu’elle soit libre (…).

Ainsi, selon moi, la seconde liberté nécessaire, c’est, pour les citoyens, cette liberté d’échanger leurs idées, liberté qui enfante l’opinion publique. Mais, lorsque cette opinion se produit, elle ne doit pas demeurer un vain bruit, et il faut qu’elle ait un résultat.

Pour cela, il faut que des hommes choisis viennent l’apporter ici au centre de l’État, ce qui suppose la liberté des élections (…).

Mais ce n’est pas tout, Messieurs. Quand les élus, mandataires de l’opinion publique, chargés de l’exprimer, sont réunis (…), il faut qu’ils jouissent d’une liberté complète ; il faut qu’ils puissent, à temps (…), opposer un utile contrôle à tous les actes du pouvoir.

Il ne faut pas que ce contrôle arrive trop tard, et qu’on n’ait que des fautes irréparables à déplorer. C’est là la liberté de la représentation nationale (…), et cette liberté est, selon moi, la quatrième des libertés indispensables.

Enfin vient la dernière (je ne dirai pas la plus importante, elles sont toutes également importantes), mais la dernière, dont le but est celui-ci : c’est de faire que l’opinion publique, bien constatée ici à la majorité, devienne la directrice de la marche du gouvernement. » [4].

Sûreté personnelle ; liberté d’expression ; démocratie élective ; contrôle des parlementaires par le peuple ; constitution de type parlementaire : voilà quels sont les libertés nécessaires, à l’origine de cet idéal que les libéraux chérissent : la démocratie libérale.

Et ce n’étaient pas de vaines paroles !

 

L’engagement de Thiers

Les adversaires de Thiers l’ont toujours dépeint comme un ambitieux sans scrupules ; or, s’il l’avait réellement été, il aurait rallié l’Empire !

Napoléon III lui avait fait plusieurs propositions en ce sens.

Il faut dire que si Thiers, ce « roi des Prudhommes », comme l’appelait Flaubert, avait derrière lui la bourgeoisie, qui lui faisait confiance.

En décidant de soutenir l’Empire, Thiers aurait apporté au régime un puissant renfort d’opinion ; aussi la Cour ne lui ménageait-elle pas les flatteries. Mais Thiers resta insensible à ses offres, se rapprochant chaque jour un peu plus de l’opposition républicaine libérale.

Aussi, pour redorer son blason, Napoléon III entreprit-il une guerre, dont il pensait pouvoir percevoir les fruits ; ce fut la guerre de 1870 contre la Prusse, qui s’acheva par une déroute complète de l’armée française, et la chute de l’Empire. Thiers avait prévenu la défaite ; au Corps législatif, il avait plus d’une fois pris la parole contre cette guerre qu’il savait perdue d’avance, bravant les injures des bonapartistes : « Je suis tranquille pour ma mémoire, je suis sûr de ce qui lui est réservé pour l’acte auquel je me livre en ce moment, mais pour vous, je suis certain qu’il y aura des jours où vous regretterez votre précipitation. » [5].

 

L’Année Terrible

Napoléon III avait sans doute « la plus belle armée du monde » ; tout le monde, alors, aimait à le répéter. Mais l’Allemagne marchait à grands pas vers son unité, et ce n’est pas seulement l’armée prussienne qu’il faudrait combattre, mais l’armée coalisée de toutes les provinces allemandes…

Quand Napoléon III fut fait prisonnier de l’ennemi, le peuple de Paris se révolta, et proclama la République, le 4 septembre 1870.

Les libéraux républicains formèrent le Gouvernement de la Défense Nationale.

Thiers refusa de les y rejoindre, en dépit des demandes répétées de Jules Favre et de Jules Simon.

On pourrait croire qu’à ce moment, Thiers fit preuve de lâcheté, en abandonnant ses amis politiques au plus fort du péril ; mais, au-delà du fait que Thiers appartenait encore, à ce moment, au vieux parti orléaniste, il est indispensable, parfois, que certains restent en dehors des évènements, pour aider les leurs, si les choses venaient à tourner mal. Tel fut, du moins, le calcul que fit Thiers : resté à l’écart des difficultés du gouvernement provisoire, nul ne pouvait lui reprocher, ni d’avoir concouru au Quatre Septembre, ni d’avoir consenti à la reddition finale de l’armée française ; aussi, conservant l’estime de la bourgeoisie, fut-il triomphalement réélu, dans la presque totalité du territoire, en 1871. S’étant vu confier la direction du pouvoir exécutif du régime né des élections de 1871, il n’oublia pas les membres du Gouvernement de la Défense Nationale, et nomma pour ministres Jules Favre et Jules Simon, ces hommes courageux, qui avaient été contraints, bien malgré eux, de cesser le combat et que la foule, aveuglée par la passion, traitait injustement de « capitulards. »

 

Le temps des injustices

L’action de Thiers au pouvoir a été sévèrement appréciée des historiens. Ne l’accusent-ils pas d’avoir fait perdre l’Alsace et la Lorraine à la France ?

Les Allemands ont, sur ce point, une bien meilleure mémoire que nous : car eux savent bien que si la France a dû leur céder l’Alsace et la Lorraine, c’est parce qu’elle ne pouvait faire autrement, l’Allemagne se refusant à quitter les autres territoires occupés sans cette double annexion…

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(Karl Wagner, Abschluss der Versailler Friedensprämissen zwischen Bismarck und den beiden französischen Bevollmächtigten Jules Favre und Thiers am 26. Februar 1871. Crédits : Bildarchiv Preussischer Kulturbesitz).

Mais comment diable reprocher à des hommes les exigences démesurées d’un ennemi victorieux ? Et comment leur imputer une défaite contre laquelle ils avaient mis en garde, et dont ils n’ont eu à connaître, qu’en raison de l’incurie de leurs prédécesseurs ?

Il est vrai que les historiens ont un autre reproche à adresser à Thiers : celui d’avoir écrasé la Commune (une insurrection populaire, qui eut lieu à Paris, le 18 mars 1871).

D’ailleurs, comment appellent-ils Thiers ?

« Le massacreur de la Commune » [6].

Le massacreur de la Commune ! Comment s’étonner, dans ces conditions, que les Français, qui se croient très forts, parce qu’ils ne croient en rien, répètent toujours ce qu’on veut leur faire dire, pour peu qu’ils aient l’air, en le disant, de jouer aux rebelles ?

Dépeindre Thiers comme un monstre assoiffé de sang, c’est tout bonnement se faire, à peu de frais, une image propre et lisse, car en attaquant Thiers, c’est rien moins qu’au capitalisme qu’on s’en prend.

Pour le comprendre, il suffit, là encore, de lire ce que les historiens racontent sur cette fameuse Commune, que Thiers aurait massacré.

 

« Le peuple de Paris n’avait pas admis la défaite et avait continué de se battre durement, assiégé par les Prussiens, nous apprend un auteur, dans son manuel à destination de la jeunesse. Le 26 mars 1871 il avait voté pour désigner les membres d’une « Commune » chargée de gouverner Paris. Le mot rappelait les évènements de 1792. En fait, il correspondait surtout au projet d’organiser autrement la société : l’État serait remplacé par une association, une « fédération » de communes se gouvernant elles-mêmes (…). Thiers refusa toute négociation avec les Parisiens « rebelles » (…). La répression est atroce (…). Le Paris populaire et travailleur du XIXe siècle, que la modernité avait entamée, fut enterré avec les morts de la Commune » [7].

Une présentation aussi succincte d’un évènement lourd de conséquences n’est évidemment pas suffisante pour que le lecteur, néophyte en histoire, s’interroge sur les raisons qui incitèrent Thiers à se montrer aussi sévère à l’égard des Communards.

Le manuel que nous avons cité laisse entendre que la répression témoignerait d’une « logique de classe » ; et cette suggestion, d’autres n’hésitent pas à la tenir pour une vérité incontestable. Ainsi, un historien particulièrement médiatique, chroniqueur dans de nombreux journaux et quotidiens, affirme-t-il que si Thiers a donné l’ordre d’exterminer les insurgés, c’est parce qu’il « fallait donner une bonne leçon au prolétariat français, afin qu’il renonçât à jamais à dominer la société française » [8].

Il n’est que trop évident que les historiens contemporains se contentent d’ânonner servilement les propos de leurs devanciers marxistes, qui se sont livrés ici à un véritable procès d’attention, nourri par une réécriture de l’histoire [9].

Car en présentant les Communards comme de simples patriotes, refusant la défaite, ces auteurs entretiennent dans l’esprit de leurs lecteurs une confusion entre

C’est en effet mentir que de prétendre que la Commune est née d’une démarche patriotique : si, en effet, les Français – et non les seuls Parisiens ! – refusèrent la défaite de l’armée impériale, la poursuite de la guerre fut menée, non par les Communards, mais par le Gouvernement de la Défense nationale, que les Communards tentèrent plusieurs fois de renverser !

Mensonge encore, que de prétendre que la Commune ait eu une quelconque légitimité. Quand le gouvernement provisoire eut remis son autorité à une entité régulièrement élue, c’est cette entité, et elle-seule, qui incarnait l’autorité légitime de la France.

Maintenant, pourquoi les Communards parvinrent-ils à tenir Paris ? Par un simple coup de force, facilité par la désorganisation de l’armée (sans compter les soldats retenus prisonniers par les Allemands, de nombreux défenseurs de Paris étaient rentrés chez eux, lorsqu’il fut mis un terme à la guerre). Ce n’est donc qu’une fois la guerre achevée, que la Commune prétendit rouvrir les hostilités…

Le gouvernement légitime ne pouvait tolérer une insurrection, à un instant où l’Europe toute entière se demandait si la France, en proie aux troubles, ne devait pas continuer à être occupée par l’armée allemande…

« Parce qu’il avait plu à une troupe d’hommes égarés de prendre les armes contre le gouvernement légal du pays, fallait-il que ce gouvernement et l’Assemblée, issue du suffrage universel, lui abandonnassent la France entière, et, avec la France, tous les principes protecteurs des sociétés humaines ? L’insurrection n’a jamais le droit de se plaindre de la répression ; elle ne peut en blâmer que l’excès », observait, avec raison, Jules Simon [10].

Mais, précisément : les historiens condamnent la dureté avec laquelle l’armée réprima la Commune, en rappelant que plusieurs milliers de personnes furent passées par les armes. Seulement, ils oublient également de rappeler les crimes de la Commune, pendant les quelques semaines où elle fut maîtresse de Paris : assassinat de deux généraux ; coups de feu tirés sur la foule, au cours d’une manifestation pacifique ; arrestation arbitraire de personnalités réputées être hostiles à l’extrême-gauche, et qui furent fusillées sans jugement ; pillages de boutiques et d’entrepôts ; destructions d’usines ; enrôlement de force dans la garde nationale ; et surtout, incendies allumés prétendument pour retarder l’avancée de l’armée, et qui frappèrent en réalité des hôpitaux, des églises et des maisons d’habitation… Ceci pour dire que, sauf un petit nombre d’entre eux, les Parisiens vécurent l’arrivée de l’armée comme une délivrance. « Les combattants n’étaient pas seuls furieux. J’ai vu insulter des convois de prisonniers, témoignait Jules Simon ; j’ai entendu des femmes crier vengeance sur leur passage. Je blâmais alors amèrement ces violences, et je ne veux ni les excuser, ni les atténuer, ni les pallier. J’avoue que j’aurais voulu une armée se souvenant aussitôt après la bataille que ceux qui venaient de tirer contre elle étaient des concitoyens ; mais ce serait rêver une armée de philosophes, c’est-à-dire l’impossible. Oui, il y a eu des représailles terribles. Mais je nie absolument qu’on ait le droit de les faire remonter jusqu’au maréchal de Mac-Mahon, qui était le chef de l’armée, et jusqu’à M. Thiers, qui était le chef du gouvernement. Ils s’épuisèrent en efforts pour ramener l’ordre dans la rue et le calme dans les esprits. On oublie bien vite le nombre des familles qui avaient des morts, les commerçants et les industriels dont les ateliers et les magasins n’existaient plus ; on rentrait chez soi en marchant sur des cadavres, et pour n’y retrouver que des ruines » [11]. (À suivre).

 

 

NOTES :

[1] J’invite le lecteur intéressé par l’attitude des libéraux à l’égard de Louis-Napoléon Bonaparte à se reporter à mon livre : Jules Simon, le Libéral oublié (1814-1896), Éditions Libréchange, coll. « Intemporel », 2017, pp. 101-124.

[2] Jules Simon, Le Soir de ma journée, Paris, Flammarion, 1909, p. 62.

[3] Id., ibid., p. 65.

[4] Discours du 11 janvier 1864, in Discours parlementaires de M. Thiers, op. cit., t. 9, pp. 357-405.

[5] Discours des 30 juin et 15 juillet 1870, in Discours parlementaires de M. Thiers, op. cit., t. 12, pp. pp. 614-633, 639-668.

[6] V. p. ex. Georges Bourgin, Actes du 82e Congrès des Sociétés savantes, Paris, Imprimerie nationale, 1958, p. 14 ; Henri Guillemin, L’avènement de Monsieur Thiers. Réflexions sur la Commune, Paris, Gallimard, 1971, p. 16.

Il est vrai que les nostalgiques de la Commune prétendent bien évidemment le contraire : selon eux, les historiens porteraient un jugement nettement défavorable sur cet évènement. Mais de quels historiens parlent-ils ? Peuvent-ils au moins citer un auteur qui ait expressément condamné la Commune, dans la période récente ? Non ! Donc, jusqu’à plus ample informé, nous nous réservons le droit de dire que la communauté historienne, dans son ensemble, est favorable à la Commune, soit qu’elle en approuve les idées, soit qu’elle se refuse à la contester, par crainte de représailles. En outre, il faut bien comprendre que la Commune n’est pas enseignée à l’école, ou très mal ; il s’ensuit que les Français qui veulent se renseigner sur cette période sont amenés à consulter des sites internet (comme ici, ou ), présentant la Commune sous un jour particulièrement sympathique, sans qu’aucune voix discordante ne se fasse entendre.

[7] Suzanne Citron, L’Histoire autrement, Paris, Les Éditions de l’Atelier, 1992, pp. 168-169.

[8] Jacques Julliard, Les Gauches françaises (1762-2012). Figures et paroles, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 2014, p. 127.

[9] En réalité, tout ce qui est écrit sur la Commune depuis cinquante ans est tiré de l’œuvre de l’historien marxiste Louis Dubreuilh. C’est lui qui, le premier, a présenté Thiers comme un manipulateur, qui aurait laissé les Communards prendre le pouvoir à Paris en connaissance de cause, afin de pouvoir assassiner, sous des apparences de légalité, les militants socialistes parisiens ! « Cette insurrection, Thiers la rendit inévitable, car lui aussi la voulait, estimant l’occasion propice pour saigner à blanc le prolétariat et permettre ainsi à la classe capitaliste de conclure un bail nouveau avec le pouvoir, la souveraineté politique et économique, sans partage et pour longtemps » (« La Commune de 1871 », La Revue socialiste, 1911, t. 53, p. 294. Adde La Commune, in Jean Jaurès (dir.), Histoire socialiste (1789-1900), Paris, Rouff, 1901, t. 11, pp. 249-497).

[10] Jules Simon, Thiers, Guizot, Rémusat, Paris, Calmann Lévy, 1885, p. 64.

[11] Id., ibid., pp. 65-66. Là encore, j’invite le lecteur intéressé par la Commune à se reporter à mon livre : Jules Simon, le Libéral oublié (1814-1896), op. cit., pp. 205-261, où cette question est plus amplement traitée, Jules Simon ayant à la fois été membre du gouvernement provisoire, puis du cabinet Thiers.

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